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Mon fil d’Ariane - Sylvie Mantafounis
mardi 5 avril 2011, par Louis Bienvenue dans Adobe GoLive 6

Présentation du livre


Bien sûr, on est obligé de considérer qu’il s’agit d’un roman puisque c’est écrit sur la couverture et que l’héroïne ne porte pas le même prénom que l’auteur ! Et pourtant tout laisse à penser que l’on est très proche d’une autobiographie, ce qui rend d’autant plus poignante la douleur de Clio d’avoir perdu son fils de treize mois. Mais s’il ne s’agissait que de cela l’intérêt du roman serait limité, ce qui le rend captivant se trouve dans le titre, ce fil d’Ariane qui relie Yannis l’enfant mort à l’histoire de la famille. Toutes les histoires sont compliquées, même lorsqu’elles paraissent simples. Clio est donc enfermée dans un labyrinthe dont elle peine à sortir. Et c’est précisément le prénom de son fils qui va servir de lien entre ce que Clio appelle sa première vie et sa seconde vie. Yannis est aussi le prénom de l’oncle de Clio et la mort de l’enfant renvoie à la mort du père qui elle-même renvoie à tous les morts.

De quoi s’agit-il ? Ce court roman est l’histoire de la longue dépression dont Clio a souffert à la suite de la mort de son tout jeune fils. Une dépression qui n’en finit pas et dont la narratrice ne se sortira qu’en retrouvant les plaisirs de son enfance et de son identité grecque. La douleur d’une mère d’avoir perdu son fils ne suffit sans doute pas à expliquer qu’elle ne parvienne, sinon à oublier, tout au moins à retrouver le goût de vivre. D’autant que trois filles naitront. Une explication cependant se trouve dans le roman, à la fois du prolongement infini du deuil et de ce qui a permis à l’auteur de rebondir. Parce que ce qui est douloureux plus que tout c’est de ne pouvoir mettre des mots sur le drame et en parler. Les circonstances de la mort de Yannis ont fait que le silence s’est installé tout de suite, la grand-mère qui n’a pas su réagir aux signes de déshydratation de son petit-fils et qui se sent coupable ne dira rien de ce qui s’est passé et choisira de privilégier la vie au souvenir. Elle s’enferme dans cette attitude et prive sa belle-fille de mettre des mots sur la mort de son enfant.

Ce matin, je suis mal, mes mains tremblent, mon cerveau bourdonne de mille mots que je n’entendrai jamais venant de la bouche de Candide. Ce qui sauvera Clio de ce piège et lui permettra de retrouver un plancher sur lequel [ pouvoir] poser[ses] pieds sans basculer, d’enfin sortir de ce labyrinthe infernal sera de s’enfermer elle-même dans sa coquille et surtout de se mettre à écrire secrètement ce livre dont elle souhaite qu’il ne soit lu que lorsqu’elle l’aura terminé. Clio s’invente une histoire autour de la mort de son fils, se reconstruit à partir de son passé le plus ancien, du jour où elle comprend qu’elle ne pourra jamais obtenir de la grand-mère de Yannis de connaître les circonstances de la mort de l’enfant et, donc - et surtout - de pouvoir construire autour de ce drame son propre récit.

On assiste ainsi dans ce roman à la naissance de la fiction, on a en quelque sorte une mise à nu de la construction d’un passé où l’enfant mort vient en écho à l’oncle disparu et permet d’en retrouver la mémoire et en même temps redonne vie à l’enfance merveilleuse de l’auteur. L’enfance d’une petite fille cette fois, amoureuse - bien entendu - de son papa, et qui va partir à sa recherche.

Et c’est l’occasion de redécouvrir la Grèce contemporaine à travers ses coutumes et son Histoire. La Guerre Civile, le rôle de l’aide américaine dans l’écrasement de l’armée démocratique, la Junte, l’émigration sont évoqués à travers leurs conséquences très concrètes sur la vie d’une famille, mais aussi toutes les petites traditions et superstitions qui font l’âme d’un peuple.

C’est l’occasion également de voir vivre ces émigrés à Paris de ces petits métiers aujourd’hui disparus où cohabitaient en parfaire entente les peuples d’Asie mineure :

Il était alors obligé de faire appel à une culottière et à un giletier, métiers qui ne doivent plus exister aujourd’hui. Il avait un ouvrier grec, un Turc et un Arménien, et tout ce petit monde s’entendait à merveille. Petit à petit on passe de la douleur à la reconstruction d’une identité, le prénom de Yannis servant de fil d’Ariane.

Un petit roman attachant.

Louis

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