Le petit soldat des nuages - Marc Gicquiaud
Marc Gicquiaud raconte d’anecdote en anecdote ce que fut sa vie d’enfant au Prytanée militaire de Valence durant la Seconde Guerre Mondiale. Monde à l’écart du monde qui reste malgré la discipline militaire un monde d’enfance mais où les chahuts d’écolier ont une dureté à laquelle l’enfant unique qu’il était n’était pas préparé.
Ce passage au Prytanée Marc Gicquiaud le décrit avec une grand lucidité comme le temps de la rupture avec le monde surprotégé de la mère, un monde injuste, cruel envers les plus faibles mais pour cette même raison un monde où l’on apprend petit à petit à se défendre et à vaincre l’appréhension du danger.
Le père de Marc est gendarme, sa mère institutrice, il y a donc dans ce passage par l’armée une identification au père et bien sûr au monde des hommes. De ce temps l’auteur se souvient surtout des relations difficiles qu’il entretient avec ses congénères, on le voit sans cesse sur la défensive trop préoccupé de la justice et des faibles pour se donner la permission de combattre et de vaincre. Et pourtant malgré ce qui semble être un calvaire en tout cas pour ce qui concerne la première année, l’auteur reconnaît à ce passage dans l’armée d’y avoir gagné en confiance en soi et d’avoir mûri plus vite que ses camarades restés en Normandie.
Ce témoignage d’une école tout à fait à l’envers de celle d’aujourd’hui et dont les maîtres ne fraternisent pas avec les élèves en dépit de l’empathie qu’ils peuvent éprouver mais au contraire maîtrisent leurs sentiments pour donner l’image d’équilibre et de force qui signale les vrais chefs est assurément important. Parce que l’enfant malgré tout se rend bien compte que l’adulte qui est en face de lui a été avant lui un enfant et a sans doute fait les mêmes bêtises mais l’adulte tient sa place et ne se laisse pas aller à la compassion, en tenant sa place il inspire confiance et donc rassure. Si l’on voulait commander aux autres, il fallait avant tout se gouverner soi-même. Où l’on voit tout ce que notre époque doit réapprendre !
Bien sûr il s’agit d’une école militaire et la discipline a aussi ses limites, ce que découvrira Marc en voyant arriver les G.I. décontractés mais tout aussi efficaces que les Fritz si disciplinés ! De sorte que sa vocation militaire il se demandera dans quelle armée il doit la poursuivre : celle de la fraternité ou celle de l’obéissance, celle du risque partagé ou celle de la soumission ? La réponse allait de soi. Pourtant cette acceptation du danger y compris celui de se remettre en question en tant que chef ne peut se faire que parce que l’enfant a eu face à lui des hommes capables d’appréhender une situation difficile et de la maîtriser. Marc Gicquiaud raconte admirablement comment son père prisonnier d’un banc de sable trouve le sang-froid de s’en sortir et de n’en pas tirer gloire.
L’intérêt de ce récit tient aussi dans la qualité de la narration : un style simple adapté au propos, qui maintient le lecteur à hauteur du personnage principal. Ce roman d’initiation sait vous mener d’un bout à l’autre de ces deux années de transition entre l’enfance et le début de l’âge adulte sans vous ennuyer un instant.
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